Professionnel·les et proches, que faire ?

COMPRENDRE LES VIOLENCES

     Venir en aide à une femme violentée – bafouée, battue…-  conduit autrui à percevoir des réactions qui questionnent au-delà de la discrétion habituelle concernant la vie privée, en sachant que ces personnes cachent longtemps ce qu’elles subissent ou le formulent à demi-mot. Les faits agressifs diffèrent des conflits de la vie conjugale (couples mariés, pacsés, en union libre) quand ils résonnent avec une logique de supériorité masculine sur la condition féminine, parfois sans frein jusqu’à la soumission. Certaines femmes n’ont d’ailleurs pas conscience que les intransigeances rituelles de Monsieur sont déjà une forme de maltraitance quand il y a entrave à leur créativité et liberté d’être. D’autre part les faits, décrits ou soupçonnés, surprennent souvent par la réalité de leur ampleur, par leur ingéniosité perverse ; voire une situation de grande dangerosité se révèle.

 

Pour les proches, il s’agit d’initier un dialogue, de l’accueil de confidences à l’accompagnement de la victime. Des démarches ne sont pas à assimiler à une délation ou à une intrusion « déplacée » au sein du couple ; des « attestations de l’entourage » sont précieuses pour la femme lors du « dépôt de plainte » (volet pénal) ou de demande « d’ordonnance de protection » (volet civil).

 

Les professionnel·les de santé ont le devoir éthique d’éclaircir certains propos et de poursuivre ; le médecin fait un examen, rédige et remet un « certificat » ou « un constat » descriptif des blessures à l’issue de la consultation et s’assure d’un suivi.

      Bien souvent, trop souvent, c’est l’accumulation de faits violents des (ex-)conjoints/compagnons (et/ou fratrie, parents, oncle…) envers la femme qui pousse celle-ci à dévoiler l’ambiance intrafamiliale pernicieuse, la tension étant parfois due ou avivée par des querelles de voisinage. Sa retenue tient à des sentiments de honte, de culpabilité, d’impuissance. Sa prétendue incompétence sert de prétexte à Monsieur pour déclencher ses crises, aussi minables que ses (pseudo-)excuses, mais après un temps de répit relatif et de (faux) espoirs, le « cycle de la violence » repart pour n’importe quelle histoire futile.

 

Les violences psychologiques non visibles, sournoises, vicieuses et les comportements autoritaires visent à isoler, déstabiliser, humilier la femme devant ses enfants. Elle finit par se convaincre de sa médiocrité pendant que Monsieur parade en société. Ses déplacements surveillés, sa correspondance lue (texto, lettre), ses dépenses sous contrôle (confiscation du chéquier, de la carte bancaire, restriction des frais alimentaires ou vestimentaires) peuvent expliquer son allure apeurée, fuyante qui intrigue l’entourage. Elle esquive des discussions conviviales, elle se hâte de rentrer à son domicile par crainte des représailles, elle abandonne un travail investi pour se consacrer au foyer… ; toute discordance avec son profil antérieur suscitant la perplexité.

 

Les violences verbales (insultes, dénigrement…) côtoient les violences physiques et sexuelles dont le cocard à l’œil derrière les lunettes, les marques de strangulation sous le foulard noué au cou, les hématomes (les ‘bleus’) sous le maquillage ou les manches du pull…

 

La gravité de ces situations comme leur répétition jusqu’au harcèlement reflètent la force de l’emprise de l’agresseur.

Ces faits et angoisses laissent d’autres traces qui altèrent chez la femme l’image et l’estime de soi, voire sa perception identitaire ; problématique aggravée par un handicap car la différence, entrainant normalement des gestes d’assistance (loi  2005 d’accessibilité), est, ici, exploitée négativement. Un sentiment d’infériorité s’installe, aidé par des attitudes infantilisantes et blessantes envers la femme qui s’est « habituée » (parfois depuis l’enfance) au point d’être intériorisées ; cette dévalorisation de soi, induite et erronée, devient mal repérable. Quelques unes vont contrer leur vulnérabilité et les sarcasmes par des prises de risques qui… effraient. La méprise de la femme touche sa propre valeur : sensibilité, respect de son corps (qui mémorise toute attaque), incapacité à satisfaire (!) le conjoint.

 

Les proches ont, là, l’occasion de contester fermement cette vision et d’enclencher un soutien plus juste face au manque de confiance, au vécu péjoratif envers elle-même, au besoin de résilience.

 

Ou encore, la femme valeureuse handicapée assumant sa vie quotidienne fait la rencontre d’un homme « charmant » qui la séduit autant qu’il endort la perspicacité d’une famille aimante. La dimension prédatrice de Monsieur apparaît quand Madame veut poursuivre son boulot de merde ou ses études et fréquenter ses ami·es, attisant sa jalousie ; elle se retrouve chosifiée, esclave domestique y compris sexuelle prétendument consentante (viol, viol entre époux). Cet homme, hyper-réactif quand il se sent dépossédé, sème des signes d’alerte mais l’entourage – écarté – et la femme – bloquée dans cet « amour-passion » exclusif – sont bernés par ses manipulations habiles, jusqu’au déferlement possible d’une rage meurtrière (féminicide).

Les proches, les collègues (violences au travail), les voisin·es compréhensif/ves, les aidant·es et bénévolespeuvent venir en aide à ces femmes en souffrance en offrant un éclairage différent qui est favorable à des prises de conscience salutaires : informations et nouveaux repères ; attention attirée sur la relation asymétrique au partenaire, sur l’existence d’armes à la maison ; intégration à des activités socialisantes confirmant ses capacités et ressources mentales ; incitation à une consultation médico-psychologique surtout lors de signes de détresse (tristesse, pleurs, insomnies, idées noires…).

 

La connaissance précise des lois facilite des actions d’anticipation et de défense : listing de numéros téléphoniques utiles et lieux d’accueil/d’hébergement avec/sans les enfants ; prévision d’un sac d’urgence en cas de fuite précipitée (clés, papiers…) déposé chez une personne de confiance, source (peut-être) d’un abri provisoire par solidarité ; il existe désormais une plateforme gratuite dédiée aux femmes victimes de violences et à leurs proches permettant d’enregistrer et sécuriser les documents personnels, mots de passe, etc. (https://memo-de-vie.org/) ; « dépôt de plainte » et au minimum « main courante » quand la femme hésite. Aussi, en cas de départ de la victime, il est possible de lui transmettre le guide juridique « Logement et violences conjugales ».

 

Une rétractation vient souvent du fait qu’elle se sent/est à la merci de l’agresseur : situation de dépendance (la majorité ne travaille pas, ou est peu qualifiée), chantage, peur de « punition ».

 

Certaines femmes pensent échapper aux fureurs « viriles » par une sorte d’invisibilité docile qui dissiperait le il va me tuer ; leur silence vient sauver les enfants qui, en fait, sont traumatisés en tant que victimes et/ou témoins. D’autres femmes sont plongées dans le paradoxe d’une dénonciation de l’homme (malgré tout) aimé, père de mes enfants.

 

/!\ La vigilance des proches doit s’accroitre devant la grossesse, la séparation décidée par Madame, l’alcoolisation de Monsieur : leur hyperviolence s’exprime sur le mode schématique de l’impulsif désinhibé, du paranoïaque diabolique, du sadique déchainé.

La relation basée sur la conviction de la domination masculine, autoproclamée depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours en dépit des lois actuelles égalitaires, est insupportable. Ces hommes, forts de cet héritage socioculturel et législatif antérieurement conçu par/pour eux, rejetant les (pro)positions citoyennes et féministes, comptent encore sur une certaine impunité. Nombre d’entre eux compensent, en fait, la faiblesse et/ou l’immaturité de leur personnalité et leur manque d’empathie par un égo orgueilleux, égoïste, écrasant, méprisant cette autrui à (leur) disposition : la femme.

 

Si la loi punit leurs actes délinquanciels ou criminogènes, impose des « mesures d’éloignement » (souvent transgressés…), des « injonctions de soins » judiciaires, des propositions de thérapies ou de « groupe de parole pour hommes violents » sollicitent leur remise en question… souvent illusoire face à leur certitude ancrée dans le machisme et la misogynie.

 

De solides liens amicaux, filiaux, soutiennent la femme incitée à ne pas plier d’emblée face aux menaces, à prendre du recul par rapport à une stratégie de survie dictée par un sentiment d’insécurité… qui n’est pas injustifié.

En conséquence, et surtout, le contact et l’implication des associations engagées, les prises en charge avec des professionnel·les qualifié·es psycho-médicaux, juristes, sociétaux sont primordiaux. L’introduction de ces nouveaux partenaires agissants change le rapport de force : les paroles crédibles de la femme ne sont pas mises en doute, l’homme n’est pas le dépositaire de droits sur sa compagne. La victime est défendue dans ses droits et intérêts, est protégée autant que possible, avec le souci des enfants.

Réseau malheureusement encore très loin d’être suffisant pour barrer les violences faites aux femmes.

HandiConnect fédère une communauté d’expert·es pluridisciplinaires reconnu·es dans le champ du handicap et de la santé. En 2021, un groupe de travail a édité une fiche à destination des professionnel·les sur les violences faites aux personnes en situation de handicap (adultes) avec un focus sur les violences conjugales et violences sexuelles.

Télécharger la fiche en cliquant ICI.

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Écoute violence femmes handicapées

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LUNDI DE 10H À 13H ET DE 14H30 À 17H30
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LES FEMMES DÉFICIENTES AUDITIVES PEUVENT NOUS CONTACTER PAR COURRIEL : ecoute@fdfa.fr

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